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Une montagne, un chemin de reconnexion

12 oct.
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 oct.

Vue de la Montagne d'Argent
Vue de la Montagne d'Argent

Par un magnifique jeudi du mois d’août, nous sommes partis à l’assaut de la montagne d’Argent, accompagnés d’un groupe de jeunes gaillards de 14 à 17 ans du Centre jeunesse de Huberdeau.


Des adolescents qui, pour plusieurs, composent avec l’anxiété, le stress et des réalités familiales parfois difficiles et tendues.


Notre objectif était simple, mais très important : leur offrir une expérience qui leur permettrait de se dépasser, de développer leur persévérance, de renforcer leur sentiment d’accomplissement et de renouer avec la nature, tout en leur faisant découvrir des outils concrets pour mieux réguler leur stress.


Mais pour comprendre pleinement la portée de cette journée en montagne, il faut d’abord revenir quelques semaines en arrière.


Tout a commencé par trois séances de respirations


Le programme Reconnexion est composé de trois ateliers axés sur la respiration et la régulation du stress et de l’anxiété, suivis d’une activité spéciale en nature.


Dès notre arrivée pour le premier atelier, nous avons rapidement compris que la journée ne se déroulerait pas comme prévu.


À l’entrée du centre, les intervenants étaient en discussion avec des policiers à la suite d’une intervention provoquée par un débordement impliquant un jeune. L’atmosphère était tendue. Le personnel était visiblement en état d’alerte et les jeunes, eux aussi, étaient fortement mobilisés par ce qui venait de se produire.


Nous avons tout de même tenté de les amener à l’extérieur, dans l’herbe, afin de leur proposer quelques exercices de respiration, mais il était évident que leur attention n’était pas pleinement disponible. Leur corps et leur esprit semblaient encore en mode « fuite ou combat », complètement mobilisés par l’événement qui venait de se produire.


Jean-Manuel, notre instructeur, a tenté de les ramener progressivement vers le moment présent à travers différents exercices. Mais pour ces jeunes, revenir au calme n’était pas aussi simple que de fermer les yeux et de respirer. Nous avons donc adapté notre approche.

Plutôt que de lutter contre leur état du moment, nous avons choisi de marcher.

Nous sommes partis dans le bois situé derrière le centre. Peu à peu, leur attention s’est déplacée vers leur environnement. Nous leur avons fait découvrir certaines plantes médicinales qui se trouvaient littéralement sous leurs yeux.


Une simple promenade est alors devenue une occasion de faire un premier lien entre la nature, le corps et le bien-être.


La deuxième rencontre : bouger avant de respirer


Pour la deuxième semaine, nous avons choisi d’adapter notre approche. Nous avons installé l’activité dans le gymnase, un environnement plus calme, à l’abri des moustiques et davantage propice à la détente.


Mais avant de demander aux jeunes de ralentir, nous leur avons proposé de bouger. Une séance d’entraînement physique intense leur a permis de dépenser leur énergie et de prendre conscience de ce qui se passait dans leur corps. Puis, progressivement, nous avons fait redescendre l’intensité avec différentes techniques de respiration et de relaxation, dont la respiration 4-7-8.


Au cours de cette séance, Maxime, qui m’accompagnait, avait apporté un bol tibétain. L’instrument a immédiatement attiré la curiosité des jeunes. Nous leur avons demandé s’ils souhaitaient expérimenter une séance de sonothérapie. La réponse fut unanime : oui.

Et ce qui suivit fut un magnifique moment de calme. Pendant quelques instants, les jeunes ont simplement pu s’arrêter, écouter et ressentir.


Apprendre à faire redescendre l’activation


La troisième rencontre s’est déroulée dans le même esprit. Nous avons commencé par une courte période d’entraînement intense afin de leur permettre de ressentir concrètement l’activation de leur corps. Puis nous leur avons proposé de ralentir progressivement à l’aide de la respiration. L’objectif était de leur faire expérimenter une chose toute simple :


Quand on se sent activé et que l'émotion monte, la respiration rend le retour au calme possible.


Nous avons pratiqué des respirations profondes pendant près d’une heure. Les gars se sont détendus. Les respirations sont devenues plus lentes. Les jeunes étaient visiblement plus calmes. L’un d’entre eux s’est même endormi.


À la fin de chaque séance, nous prenons le temps d’échanger avec les jeunes sur ce qu’ils viennent de vivre. Cette fois-ci, leurs témoignages nous ont particulièrement touchés.

Certains nous ont confié que les activités leur avaient fait du bien et leur avaient donné des outils pour mieux composer avec certaines envies de consommation, pour faciliter leur sommeil ou encore pour accueillir des émotions qu’ils avaient tendance à garder à l’intérieur. Ces paroles ont été pour nous un moment de grande gratitude.


Car derrière les exercices de respiration, les entraînements et les activités de nature, il y avait quelque chose de beaucoup plus important : leur permettre de découvrir qu’ils possèdent déjà en eux des ressources pour traverser les moments difficiles.


Puis est venue la journée de l'ascension de la montagne


Pour la quatrième et dernière activité, nous avons choisi de sortir du centre.

Direction : la montagne d’Argent.


Cette fois, le défi était physique. Mais la montagne allait rapidement devenir beaucoup plus qu’une randonnée. Elle allait devenir une métaphore de leur propre parcours. Avant de partir, nous leur avons expliqué que gravir une montagne demande de la persévérance. Il faut avancer à un rythme régulier, économiser son énergie, regarder où l’on pose les pieds et savoir reconnaître les obstacles.


Les racines, les roches mouillées, les passages plus difficiles deviennent autant d'occasions de parler de gestion des risques et de choix. 


Puis nous sommes partis. Au fil du sentier, les jeunes ont découvert un environnement complètement différent de celui du centre jeunesse. Le lac avec les poissons, les champignons sauvages, les oiseaux, les arbres matures et la forêt nous entouraient. La nature imposait naturellement un autre rythme, plus lent, plus présent, plus attentif.


À un moment donné, le groupe s’est séparé en deux lorsqu’un des groupes qui allait plus vite  a emprunté un autre sentier. Une belle occasion s’est alors présentée. Nous leur avons parlé de ces moments où, dans la vie, on peut prendre un mauvais chemin.


Se tromper de sentier ne signifie pas que tout est perdu.

On peut s’arrêter, réfléchir, rebrousser chemin, et retrouver sa direction.


Le sommet


Après plusieurs efforts, nous sommes finalement arrivés au sommet. Devant nous s’étendait une vue majestueuse sur les parois rocheuses escarpées et la vallée de la rivière Rouge.

Nous avons alors invité les jeunes à regarder loin devant eux. Ils venaient de vivre quelque chose de concret : ils avaient commencé en bas de la montagne et, pas après pas, ils avaient atteint le sommet!


Nous leur avons fait remarquer que leur vie pouvait parfois ressembler à cette ascension. Il y aurait des passages difficiles, des moments de découragement, des moments où l’envie de rebrousser chemin serait forte. Mais un moment difficile ne représente jamais l’ensemble du chemin.


Il suffit parfois de continuer à avancer, un pas à la fois.


Nous leur avons parlé de leurs rêves, de leurs possibilités et de leurs propres sommets à atteindre. Et surtout, nous leur avons rappelé qu’ils ne pouvaient pas toujours voir ce qui se trouvait derrière la prochaine courbe du sentier. Tout comme, dans la vie, ils ne peuvent pas toujours savoir ce que l’avenir leur réserve, mais ils peuvent continuer d’avancer dans la bonne direction.


Respirer au sommet


Une fois arrivés au sommet, Jean-Manuel leur a proposé une dernière expérience. Une séance de respiration, face au majestueux paysage. Puis une méditation guidée, les pieds dans la mousse, afin de prendre pleinement conscience de l’instant présent.

Le silence de la montagne, la respiration, la forêt, le paysage, le corps qui venait de fournir un effort et cette sensation d’avoir accompli quelque chose. Tous ces éléments se sont réunis pour créer un moment particulier. Un moment où les jeunes ont pu simplement être là.


Une journée de reconnexion


Cette journée restera gravée dans notre mémoire. Parce qu’au fond, nous n’étions pas simplement partis faire une randonnée. Nous étions partis à la rencontre de quelque chose de plus grand.


Une reconnexion. reconnexion au moment présent, à leur respiration, à leurs capacités et à la nature. Et peut-être, surtout, la reconnexion à toutes les possibilités qui existent encore devant eux.


La montagne leur a rappelé une chose essentielle : le sommet ne se trouve jamais en un seul pas. Il se construit avec une succession de petits pas. Même lorsque le chemin est difficile, même lorsque l’on doute, même lorsque l’on a envie d’abandonner.


Parfois, il suffit simplement de continuer à avancer.


La nature était là pour leur rappeler qu’elle peut devenir un refuge, un espace pour ralentir, reprendre son souffle et retrouver ses repères. Et peut-être qu’en quittant la montagne ce jour-là, certains de ces jeunes ont emporté avec eux quelque chose d’invisible, mais précieux :


La possibilité de croire que leur propre sommet est encore devant eux.


 
 
 

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